Après une carrière dans l’enseignement, Heinz Reber s’est spécialisé dans différentes thérapies, telles que le massage corporel, la réflexologie, le drainage lymphatique, la pose de ventouses, le massage anthroposophique. En parallèle, passionné de plantes médicinales, il donne des cours sur les plantes sauvages et élabore des préparations dans le cadre de D’Âme Nature. Il est bilingue français-allemand.

 

Les médecines alternatives sont à la mode aujourd’hui. Cependant, on peut vous considérer comme un pionnier dans le domaine de ces thérapies. Qu’est-ce qui pousse une personne à s’intéresser à ce domaine ?

HR: Quand j’ai commencé, les thérapies naturelles n’étaient pas reconnues par la loi, et le terme de thérapeute était réservé au corps médical. Je suis plutôt rationnel, scientifique, mais j’ai eu une vision à un certain moment de ma vie. Ça s’est passé malgré moi, ça s’est imposé comme une certitude. Dès lors, l’autre partie de moi a pu éclore. Je suis devenu plus sensible et attentif à ce qui se passe dans le quotidien. La vie nous fait tous les jours des cadeaux, mais je ne le voyais pas.

 

Quel a été le déclencheur ?

HR: Un de mes fils avait périodiquement et régulièrement des abcès en bas des lombes, endroit très délicat à cause des nerfs qui passent par-là. Notre médecin essayait de désinfecter ces abcès, mais ça recommençait toujours. Puis, un jour, je suis tombé fortuitement sur l’annonce d’une conférence sur les thérapies naturelles à Saignelégier. Tant qu’à faire, j’ai été voir. Dans le hall, il y avait quelques prospectus sur une toute petite table. J’en ai pris un, c’était celui d’une dame qui donnait une formation en réflexologie. Pourquoi ne pas essayer, puisque pour mon fils ça ne pouvait pas être pire ! Je me suis inscrit.

Il s’est avéré que la formatrice – à vrai dire un peu anarchiste – était en délicatesse avec les autorités à cause de la loi dans le canton de Neuchâtel. Pour éviter les problèmes, elle a loué un espace à Renan/BE, donc hors du canton de Neuchâtel. Mais elle a reçu une mise en garde : les autorités neuchâteloises ont su qu’elle avait loué ce local à Renan et que des Chaux-de-Fonniers venaient la consulter là. Si elle continuait, elle serait poursuivie en justice.

J’ai suivi là ma première formation. Cette dame s’est aperçue que j’avais des cors aux pieds et elle m’a conseillé de me soigner. Je n’ai rien fait, mais les cors ont disparu tout à coup.

Le côté méthodique de la réflexologie s’accordant bien avec mon côté rationnel (pour soigner tel organe, il faut presser à un endroit précis, et à un autre endroit pour un autre organe, c’est clair et précis), j’ai persévéré.

Par la suite, quelques résultats m’ont fait comprendre que tout était lié, toutes les parties du corps étaient représentées sous le pied.

De fil en aiguille, j’ai suivi une formation en massage classique. La vision changeait un peu. Puis, je me suis formé en drainage lymphatique, en Reiki, en fleurs de Bach… et ma vision devenait plus complexe et plus subtile. En fait, j’ai lié le rationnel au subtil, à l’intuitif…

Un peu plus tard en Bavière, nous étions dans les années 1990, j’ai suivi les formations en massage anthroposophique données par Madame Stritzel, une assistante médicale qui formait en six semaines en Massage Pressel.

Les travaux du Dr Simeon Pressel (1905-1980) ont été un complément et une synthèse de tout ce que j’avais fait auparavant. Il a mis au point une méthode liant ses connaissances médicales et celles des paysans bavarois. Ce massage est basé sur la tridimensionnalité de l’Homme : âme – corps – esprit. Il a observé que tous les sept ans notre sang était complètement changé, nos cellules étaient renouvelées. Cela s’appelle la septaine. Dans son approche, on agit avec les sept corps célestes de la semaine (on travaille différemment selon le jour), en lien avec les sept couleurs de l’arc-en-ciel, les sept sons, les sept métaux essentiels.

 

Septaine

 

Associations :

  • En partant du soleil (Sonntag), on retrouve dans l’ordre les sept jours de la semaine (« di » signifie « jour ») : lune-di, mars-di, etc.
  • Les métaux : Soleil (or), Lune (argent), Mars (fer), Vénus (cuivre), etc.
  • Les couleurs : Vénus (vert), Mars (rouge), Jupiter (bleu), etc.
  • A remarquer que Vénus (féminin) et Mars (masculin) sont à égalité sous le soleil, comme les deux devraient l’être dans la société.
  • Les septaines des âges : Lune (0-7 ans, ancrage progressif dans la vie), Mercure (7-14 ans, croissance), Vénus (14-21 ans, beauté), Soleil (trois septaines, amour, maturité, vérité), Mars (42-49 ans, force créatrice), etc. jusqu’à 63 ans, puis cadeau de la vie.

Le massage englobe tous ces éléments en un seul soin.

Dans la vision bouddhiste, notre vie s’appelle « état intermédiaire » entre un point de départ dont personne ne peut se souvenir et un point d’arrivée dont personne ne sera conscient. Entre ces deux points, il y a notre parcours, nos joies, nos certitudes, nos doutes… dans lesquels nous naviguons, ce qui est, pour eux, un nouveau point de départ pour, peut-être, un nouvel état intermédiaire.

 

Et vous avez créé D’Âme Nature, notamment avec Lucie Mercerat.

HR: Fort de toutes ces formations, j’ai ressenti le besoin de transmettre ces trésors. Pendant plusieurs années, j’ai animé des formations de dix week-ends de cours, suivis d’un examen. Persuadé que le moment était venu, j’ai fondé, avec Géraldine Loosli, l’A.R.T. – Association Romande des Thérapeutes – qui a compté jusqu’à 400 membres. Nous avons aussi créé le C.E.R.F. [cerf, animal qui capte l’énergie solaire avec ses bois tout en étant ancré dans le sol] – Centre d’Echanges, de Rencontres et de Formation, aux Bayards. Nous avons obtenu la validation des thérapies naturelles par certaines caisses maladie. Nos thérapeutes étaient reconnus dans ces caisses maladie et admis par le médecin cantonal neuchâtelois. En effet, vers 1996, la loi s’est assouplie grâce aux travaux d’une Commission, sous la présidence de Madame Wildhaber. Les thérapies naturelles devenaient « tolérées » sous certaines conditions. Le médecin cantonal nous a offert son soutien et ses conseils.

Me basant sur les définitions de plusieurs dictionnaires (Robert, Larousse, Littré), j’ai pu me convaincre que les soins englobaient une palette très large du spirituel au rationnel. Les thérapeutes et le corps médical sont complémentaires. Le mot thérapeute répond à trois définitions, soit « Moine essénien dans le Delta du Nil, région d’Alexandrie, qui s’occupait de soigner les gens, de les aider dans leur démarche spirituelle » ; « Celui qui exerce tout ce qui se termine par ‹thérapie› (psychothérapie, physiothérapie, radiothérapie, …) » ; « Le corps médical, chirurgie et médecine, qui sont aussi des thérapeutes ». Therapein en grec veut dire « aider et soigner ».

En Afrique du Sud, les médecins travaillent avec les gourous, les guérisseurs, main dans la main. Chez nous, un médecin est tenu par son code. Il ne peut pas prescrire des thérapies alternatives. Les thérapeutes soignent selon leurs démarches et leur ressenti. Le corps médical traite avec sa sensibilité en s’appuyant sur ses connaissances scientifiques.

 

A partir de l’organisation de formations, comment êtes-vous arrivé aux plantes sauvages ?

HR: Les gens qui venaient pour des formations avaient parfois aussi des maux et des problèmes au niveau nutrition.

Un souvenir m’est alors revenu : j’avais eu un enseignant qui exigeait de ses élèves de constituer un herbier avec cinquante plantes, travail qui comptait pour moitié dans la moyenne de l’année. J’avais gardé cet herbier quelque part chez moi. Trouvant alors de l’intérêt pour les plantes, j’ai été le rechercher et parmi les cinquante plantes qu’il contenait, il y avait une quinzaine de plantes médicinales. J’ai commencé les cueillettes. Ainsi, j’ai créé des ateliers pour enseigner l’utilisation des plantes sauvages.

Et j’ai aussi retenu la leçon de Baden Powell, fondateur des éclaireurs : » learning by doing » et non « by reading » (apprendre en faisant et non en lisant).

 

Qu’est-ce qui caractérise un bon thérapeute ?

HR: Que signifie « bon » ? Le thérapeute est d’abord un être humain. S’il a la conviction qu’il peut guérir, son rôle sera certitude, mais d’abord pour lui. Aucun n’est ni bon, ni mauvais. Chacun a ses côtés agréables, qui rayonnent et sont lumineux. Mais aussi ses aspects obscurs.

Pour répondre, je prendrai un exemple de notre culture chrétienne, n’en déplaise. Le Christ s’est incarné en homme, il a vécu comme tel. Il est représenté dans les églises romanes dans une mandorle (en forme d’amande) entouré de quatre évangélistes signifiant les quatre éléments. Matthieu Etre ailé (air), Marc Lion (feu), Luc Taureau (terre), Jean Aigle (mutation du Scorpion, eau).

Son message se laisse interpréter : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » En clair, il doit aimer son prochain comme si c’était lui-même. Mais un autre éclairage peut le voir différemment. Je dois d’abord m’aimer moi-même, m’accepter dans mes aspects agréables, rayonnants, ma lumière. Mais aussi accepter mes zones d’ombre et d’obscurité que je déteste. J’ai des aspects de moi que je n’aime pas. Comment puis-je m’aimer si je rejette une part de moi ? Je ne peux m’aimer que si j’accepte mon intégralité, ombre et lumière. Alors, je pourrai aimer mon prochain comme moi-même avec sa lumière et son ombre et permettre une vraie rencontre de l’autre. Je serai alors un « bon » thérapeute.

Celui qui se sent le messie et qui affirme qu’il est capable de guérir une personne n’est pas crédible : il faut s’en méfier. Le thérapeute applique le principe « aider-soigner ». Et s’il aide, il offre, et s’il soigne il offre aussi, mais il ne guérit pas.

 

Comment une personne qui cherche une thérapeute va-t-elle trouver celui qui lui convient ?

HR: Un thérapeute donne une recette. Quinze thérapeutes donnent chacun une recette. On peut parier que chacune de ces recettes sera différente des autres… comment le patient peut-il s’y retrouver ?

Dans un magasin de chaussures, si le vendeur est honnête, s’il est sensible, s’il voit l’apparence de son client, son visage, il peut sentir ses besoins. A ce moment-là, il va trouver pour cette personne la paire de chaussures qui lui va.

Si je prodigue un soin, je cherche à percevoir ce que le corps attend. Le corps n’aime pas le flou. Je dois être clair avec lui. Un vrai thérapeute est humble, il connaît ses limites, il les admet.

 

Quelle est expérience qui vous a le plus marqué dans l’aide à autrui ?

HR: Les personnes qui viennent à notre stand D’Âme Nature et qui parlent de leur problème de santé parce qu’ils nous font confiance.

 

Y a-t-il une expérience particulière ?

HR: Oui. C’est celle d’être disponible, de pouvoir accueillir, d’être à l’écoute et d’offrir ce que nous ressentons comme possible. Puis, laisser notre soin et notre aide agir à travers nous, comme si nous étions un relais, un canal qui nous sert d’intermédiaire. Nous sommes un moyen, un poste récepteur-émetteur. Ce n’est pas nous qui guérissons. Un thérapeute, il aide, il soigne.

 

Et pour conclure : Prendre conscience que chaque jour nous offre un cadeau… au moins un ! A nous d’apprendre à le percevoir !

 

Entretien du 12 février 2018